'EXTRA-LUCIDE'


ALL ABOUT JAZZ (link)

"While Soleil 12 (Cuneiform, 2005) was the first album from French drummer/composer Patrick ForgasForgas Band Phenomena to receive international distribution, the group had in fact already released two records in the late 1990s on France’s Cosmos Music label. Sadly, Roue Libre is out of print; but the group’s sophomore effort, Extra-Lucide, is still available and bears revisiting, if for no other reason than providing a different perspective on the nearly twenty-minute “Pieuvre à la Pluie” that can also be found on Soleil 12.

Forgas has been active since the 1970s, originally travelling the same musical circles as Magma and Zao. But while he shares a similar penchant for progressive music, his vision has always been more closely aligned with the British Canterbury scene and bands like Soft Machine and Hatfield and the North. While it’s a challenge to define exactly what the Canterbury scene represents, it is possible to define it as an improvisational cousin to jazz, but with its own distinctive harmonic sensibility. And while complex long-form composition is not foreign to American improvisers like Pat Metheny and Lyle Mays, there has always been a more inherently detailed structural approach to the Canterbury scene and, consequently, to Forgas, who has been called “The French answer to the Canterbury scene”.

This pre-Soleil 12 incarnation of Forgas Band Phenomena was a pared-down quintet that shared much in common with guitarist Phil Miller’s post-Hatfield band In Cahoots. Bassist Juan-Sebastien Jiminez is a considerably more virtuosic player than Kengo Mochizuki of Soleil 12, closely mirroring In Cahoots bassist Fred T. Baker’s intriguing mix of groove and linear acumen. And Forgas’ approach to constant shifts in tempo and irregular meters echoes Pip Pyle - a longtime Miller collaborator and bandleader in his own right.
But equally, Extra-Lucide avoids the more idiosyncratic devices typical of Miller’s work. While guitarist Mathias Desmier shares a similarly overdriven solo voice, he’s a more direct player than Miller, who leans to more acroamatic lines. Keyboardist Gilles Pausanias’ electric piano work bears comparison to Hatfield’s Dave Stewart - including a certain wryness of phrasing - but his voicings don’t possess the same instant recognition factor as Stewart's.

Perhaps it’s unfair to assess Forgas strictly by comparison. While the progressive music scene is experiencing something of a renaissance thanks to the internet drawing together a small but devoted international fan base, few groups demonstrate the kind of individuality and innovation that the aforementioned 1970s bands did.
Forgas Band Phenomena may have clear roots in the Canterbury aesthetic, but it’s also one of the few bands to carry it forward into the 21st Century. Forgas’ episodic compositions retain the kind of thematic foundation prevalent in the Canterbury scene, while the group’s players—strong soloists all—manage to avoid the chops-laden and self-indulgent bombast of the American version of fusion. Despite its inherent complexities, Extra-Lucide has terrific crossover appeal. This cerebral music holds interest to be sure, but never at the expense of memorable melodies and demanding yet appealing rhythms".

John Kelman


BIG BANG n°33 (Décembre 1999)

"Résumé des chapitres précédents. En 1977, Cocktail, le premier album de Patrick Forgas - batteur, chanteur et compositeur - sonne comme l'écho hexagonal de la scène de Canterbury. Forgas, entouré de musiciens issus (ou futurs membres) de Magma et Zao, s'y révèle comme l'architecte génial d'une musique complexe et spectaculaire. Mais l'air du temps et son insolente fatalité brisent un élan créatif pourtant riche de promesses.

C'est seulement treize ans plus tard que Forgas réapparaît sous les traits d'un multi-instrumentiste solitaire, avec L'Oeil (1990), et Art D'Echo (1993). Le fantôme de Robert Wyatt chanteur et le manque de moyens financiers suffisent à expliquer le retentissement limité de ces deux ¤uvres de transition, dont il émane néanmoins avec le recul une grande sincérité et une nécessité d'expression artistique tout à fait honorables.

Seul un retour au travail du groupe pouvait toutefois permettre à la musique de Forgas de briller à nouveau de mille feux. L'inébranlable ténacité du bonhomme a logiquement abouti à la formation de Villa Carmen (en 1995), puis à celle du Forgas Band Phenomena l'année suivante. La résurrection est annoncée, le miracle s'accomplit, et Roue Libre, le premier opus du groupe (avec son cortège de participants prestigieux - Mireille Bauer, Stéphane Jaoui...), prolonge et transcende les espoirs d'un autre temps, celui de Cocktail. Nous sommes en 1997.

Après de multiples remaniements de personnel, le Forgas Band Phenomena se stabilise autour de Mathias Desmier (guitare), Denis Guivarc'h (saxophone), Juan Sébastien Jimenez (basse), Gilles Pausanias (claviers), sans oublier notre maître de cérémonie, le sorcier des fûts. Ayant rodé de nouvelles compositions sur scène, le quintette instrumental est de retour. L'histoire suit son cours, ouverture d'un nouveau chapitre : nous sommes en 1999, et l'album s'appelle Extra-Lucide.

Premier constat indéniable, le Forgas Band Phenomena a gagné en maturité et en cohésion (une année 1998 émaillée de nombreux concerts en a fait un groupe à l'unisson), et son exubérance est intacte, qu'elle s'inscrire - dans la plupart des cas - comme le prolongement de Roue Libre, ou qu'elle s'exprime sous de nouvelles formes. Fort des acquis du précédent album, Forgas en exploite les différentes variantes dans des compositions plus ramassées et par conséquent plus digestes (hormis "Pieuvre à la Pluie", qui flirte avec les vingt minutes, les quatre autres titres ne durent qu'entre cinq et huit minutes).

L'écriture musicale, toujours aussi foisonnante et architecturale, propose un voyage cérébral frénétique et jubilatoire, au gré de changements de climats aussi surprenants qu'évocateurs. Et malgré une orientation jazz parfois plus marquée que par le passé, la substance mélodique ne se perd jamais au fil des développements. Comme dans Roue Libre, les escapades improvisées sont clairement délimitées et leur force s'en voit assurément décuplée.

Outre les partis pris sonores souvent très 'rock' (la section rythmique, la guitare délicieusement 'holdsworthienne' de Mathias Desmier), c'est dans ce subtil équilibre entre l'interprétation d'une écriture millimétrée et la place accordée à l'improvisation que se situe la différence fondamentale avec le jazz stricto-sensu, et même avec le jazz-rock dont la musique se démarque assez clairement. Ainsi, le saxophone de Denis Guivarc'h conduit logiquement les débats avec une polyvalence puisée dans les entrailles du démon Coltrane; fer de lance mélodique et semeur de joie de vivre (filez écouter "Annie Réglisse" pour vous en convaincre), il s'illustre également dans de superbes impros débridées où sensualité et saillies se relaient constamment pour relancer l'intérêt de l'auditeur.

Evoquons maintenant les changements et avancées les plus notables d'Extra-Lucide. Tout d'abord, que les fans du jeune prodige Mathias Desmier se rassurent : ce dernier répond bien plus souvent à l'appel qu'auparavant, alternant ses désormais légendaires solos tonitruants à la Holdsworth avec un phrasé jazzy plus délicat, à la Wes Montgomery. Sa présence accrue, ainsi que l'importance plus grande accordée aux claviers (qui tapissent les compositions de sonorités légères au doux parfum de percussions mélodiques, ou qui s'échappent parfois dans des envolées solitaires franchement rafraîchissantes) confèrent à l'album une dimension progressive plus appuyée que celle de son prédécesseur.

Même si la flûte a disparu, et avec elle certaines accointances du côté de Caravan ou National Health, l'incandescence et les prises de risque de la section rythmique, le constant souci mélodique et la répartition plus démocratique des différentes interventions solistes font d'Extra-Lucide un digne représentant de l'école du progressif à tendance jazz, intelligent et à dimension humaine. On voit mal comment les adeptes du Third de Soft Machine ou ceux du One Of A Kind de Bruford pourront résister à la mirifique cuvée 1999 du Forgas Band Phenomena. Quant à ceux qui sont encore peu familiers de l'art si singulier de Patrick Forgas, le vertige les attend !

Olivier Davenas


TRAVERSES (2000)

"Avec un courage et une conviction toujours intactes, le Forgas Band Phenomena, mené par le batteur et compositeur Patrick Forgas, continue à se faire l'écho parisien de l'héritage 'canterburien'. Roue Libre, le premier album de cette formation, inaugurait il y a deux ans le catalogue du label Cosmos Music qui, depuis, s'est enrichi d'une nouvelle référence, Extra Lucide, second opus du Forgas Band Phenomena ! N'allez pas y voir un devoir d'allégeance du groupe envers le label, mais plutôt un nouvel acte de foi commune envers une certaine forme d'inspiration, que même les principaux acteurs du style Canterbury de la première époque peinent à retrouver.

Il y a deux ans, le Forgas Band Phenomena fut sujet à moult remaniements de personnel et parvint finalement à se stabiliser. Extra Lucide bénéficie donc du talent et du savoir-faire de nouveaux musiciens qui ont pour la plupart la particularité d'avoir fait partie d'un groupe de jazz-fusion, Hexane. Il s'agit de Juan-Sébastien Jimenez (basse), Gilles Pausanias (claviers) et Mathias Desmier (guitare), qui avait déjà participé à Roue Libre. Le dernier débarqué n'est autre que le saxophoniste Denis Guivarc'h. Dans l'ensemble, Forgas a reconstitué une formation dont la couleur sonore est assez proche de la précédente mouture. Cela n'empêche pas Extra Lucide de se distinguer de Roue Libre, au moins par la qualité du son, ici excellente en dépit du peu de moyens mis en oeuvre. Mais surtout, là où Roue Libre était dominé par le saxophone, on observe ici un plus juste équilibre instrumental entre les solistes, tandis que Forgas et Jimenez fournissent une assise rythmique infaillible, impressionnante de maîtrise et de subtilité, offrant les rebondissements les plus inattendus.

D'une certaine manière, Extra Lucide s'avère aussi plus abordable que son prédécesseur par le fait qu'il présente des pièces plus concises (entre 5 et 8 mn), "Pieuvre à la Pluie" constituant la seule pièce 'dantesque' (19 mn). Cela ne signifie nullement que la musique s'est simplifiée. Elle présente au contraire toujours autant d'espiègles détours, avec une coloration jazzy sans doute plus marquée et une plus grande implication de la part des musiciens. Si l'écriture de Forgas présente de sérieuses affinités avec celle d'Hatfield and the North et de Soft Machine, sa source d'inspiration 'visuelle' est plus certainement le Paris du début du siècle, avec sa Cour des Miracles animée par la Grande Roue, les cirques ambulants et les spectacles médiumniques...".

Stéphane Fougère & Sylvie Hamon


CHRONICART

"Après une déferlante dans les années 80 d'un tout jazz-rock assez pénible, la dernière décennie a vu s'annoncer le lent déclin d'un genre musical qui, sans être mineur, tendait le plus souvent à s'égarer dans une longue suite de démonstrations techniques ennuyeuses au possible. Patrick Forgas, batteur français d'un certain renom, semble avoir toujours su se frayer dignement un chemin entre toutes ces modes vite passées et nous revient ainsi avec le deuxième album de sa formation Phenomena, ni jazz, ni rock comme à son habitude.

S'il faut chercher les racines de cet album extrêmement bien exécuté, on se référera plutôt aux ancêtres glorieux de la fin des sixties, entre Soft Machine et Hatfield and The North, bref toute une époque ! Car si l'attachement de Forgas à Robert Wyatt est manifestement total dans la composition et les couleurs musicales, le jeu du batteur n'en est pas moins original, à la fois terrien et aérien dans son utilisation décalée d'un jeu haut en cymbales. Une rythmique limpide donc, qui sous-tend une énergie ternaire et jazz en diable.

En de longues suites progressives, la musique du Forgas Band Phenomena arrive à convaincre par son attachement à des racines musicales nobles, même si un peu galvaudées de par le passé. Les cuivres sont placés intelligemment, la pulsation sourde d'une basse grondante installe un souffle puissant et cathartique, tandis que le duo guitare/clavier s'entrechoque avec un brin d'originalité. On ne saurait qualifier une telle musique d'originale, une profonde impression d'honnêteté et d'intégrité se dégage pourtant de cet album aux accents quasi mystiques. Grâce à la prestation instrumentale hors pair des intervenants, qui ne tombent jamais dans le piège de la virtuosité gratuite et indigeste, voilà ainsi un bon album de jazz progressif qui revendique clairement son appartenance à une histoire musicale glorieuse, celle des Robert Wyatt, Jaco Pastorius, Hugh Hopper et autres Richard Sinclair".

Jérôme Schmidt


EXPOSE n°19 (May 2000)

"French drummer/composer Patrick Forgas supplied us with the missing link between Canterbury and zeuhl with his outstanding 1997 release, Roue Libre. Forgas Band Phenomena returns two years later with a second release, Extra Lucide, which is every bit as good as its predecessor. In fact, in many respects the new album is even better, in part due to the new faces in the band. Only guitarist Mathias Desmier remains from the original band, but Forgas has assembled another tremendous cast of players to perform his intricate and constantly evolving compositions. Six-string bassist Juan Sébastien Jimenez has monster chops with a Percy Jones-like 'liquid' sound and he forms a seamless rhythm section with Forgas. Denis Guivarc'h is a virtuoso alto sax player with an urgent tone that figures prominently in stating the leads and also adds a searing edge to his solos. Desmier also handles a significant share of the dual melody lines and his Holdsworth-inspired solos are frequently incendiary. There are five of Forgas' superb compositions this time around, including one at 20 minutes that shows his mastery of the art of composing and arranging lengthy pieces that are totally compelling. Forgas has a tremendous melodic sense and he beautifully blends tightly composed themes and ensemble playing with inspired soloing to create an ideal balance. The music has an effortlessly flowing feel to it that at times is jazzy but also maintains a distinct zeuhl sound and intensity level. While comparisons could be made at times to bands like Soft Machine, Zao or Passport, ultimately Forgas has forged a highly original sound that is masterfully executed. This is the second album in a row by Forgas that is a must-have for fans of melodic progressive fusion. It earns my highest recommendation".

David Ashcraft


WAYSIDE MUSIC Catalogue VPC (Feb 2000)

"This record is led by drummer/composer Patrick Forgas, who may be best known for his Cocktail lp of 23 years ago, a minor French progressive classic. This is a very strong return to form of composed, Canterbury-influenced progressive/fusion music. He leads a quintet of sax, keyboards, guitar, bass & drums. His 1998 release, 'Roue Libre', was a minor revelation; this is similar & is similarly good & similarly recommended!"


BATTEUR MAGAZINE (2000)

"Figure mythique de la scène progressive française, le batteur Patrick Forgas n'a jamais vraiment baissé les bras mais a repris du poil de la bête ces dernières années. Au point de réussir à tourner un peu avec un quintet régulier, ce qui s'entend nettement ici, le son d'ensemble étant encore plus homogène que sur Roue Libre, son album paru en 1998. Imaginez Soft Machine qui aurait bien vielli, et vous aurez une assez bonne idée de cet album à la production impeccable, qui mériterait une très large distribution".


KEYBOARDS (2000)

"L'équilibriste pataphysique est de retour! Compositeur, batteur et chanteur, Patrick Forgas semble depuis quelques années avoir trouvé comme une seconde vie. Mais est-ce une surprise pour un fin limiter de l'ésotérisme musical ludique? Après plusieurs albums solitaires, Forgas a donc ressorti sa batterie et monté une formation à géométrie variable, avec laquelle il développe de longues compositions aux articulations subtiles. Digne héritier de l'école de Canterbury, notre homme a trouvé, à la tête d'un quintette singulièrement efficace, un parfait équilibre entre influence 'soft-machinienne' et touche personnelle. Guitare, claviers, basse et saxophone tissent ici un canevas serré, s'ouvrant à des échappées solistes et haute volée. Le tout est saupoudré de ces reflets irréels, tout droit sortis de la boule de cristal, qui ont toujours fait le charme de la musique de ce poète paysagiste. Voilà qui est particulièrement réussi!".

Bruno Heuzé


BASSE MAGAZINE (2000)

"Deux ans après Roue Libre, le Forgas Band Phenomena récidive, toujours sous la houlette du batteur/leader Patrick Forgas, et toujours dans un esprit 'rock progressif seventies'. Cinq instrumentaux qui ne s'adressent pas forcément à toutes les oreilles et laissent s'exprimer les solistes, en particulier Mathias 'Mars Attacks' Desmier, déjà repéré sur le premier album ou aux côtés de Salmieri/Top/Séva. Quant au bassiste Juan Sébastien Jimenez, nouveau venu dans le groupe, son jeu sur ce disque est plus qu'intéressant. Je pense qu'on entendra parler de lui dans un futur assez proche, et ce bien que je ne sois pas extra-lucide. A écouter l'esprit ouvert et les fenêtres fermées".

Fantobasse